Le forum des narrations de parties JDR
 
AccueilAccueil  GalerieGalerie  FAQFAQ  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  MembresMembres  GroupesGroupes  Connexion  

Partagez | 
 

 Les Puces Dans l’Oreille ( Nono à Saint Ouen).

Aller en bas 
AuteurMessage
Loki
Enjoleur
avatar

Nombre de messages : 288
Age : 41
Localisation : St Herblain
Date d'inscription : 08/01/2006

MessageSujet: Les Puces Dans l’Oreille ( Nono à Saint Ouen).   Mar 15 Juil - 19:17

« Iiiile n’y a pâââââs z’ain seuleu jouRRRRRe
Où jhe n’RRRRepense à mon n’amouRRRRRe
Oooonnnn voulehait sss’ehaimmer pouRRRe toujouRRRRe
Meuhais la vihie nous âââ jehoué un touRRRRRe

Et lâââââ, au-devant de la seheIIIIInnneu
Jhe sehuis seeeeeeuuuuuleeeeuuuu
A RRRRRRRumineher ma peheIIIIneuu »...

Que d’émotions. La tocante de Nono s’emballait toujours quand il entendait cette ritournelle meillede baïe la môme Yvette Trottard. Ah, et le Lulu « La Piche » qui arrivait à faire pleurer son accordéon comme ça se fait plus depuis, devine… C’est pas avec des froufrous à raz le bonbon qu’on émotionne. On émoustille, sûrement. On distrait, peut-être. Mais on fait pas jouer la fanfare au palpitant. Pour ça il faut du solide, du fillingue plein la trompette, faire vibrer son organe comme en pleine défibrillation. Et pas de manchots dans ze bigue bande. Des zigues qui savent se servir de leurs doigts, qui font pousser des derniers soupirs à leurs soufflets, qui font bourdonner les cordes de leurs grandes caisses à z’ouies comme des bisous mouillés, qui font claquer leurs baguettes sur leurs casseroles comme un petit cœur qui se brise…
C’était le bon temps !

Nono descendait l’une des allées du marché de Saint Ouen. Il était tombé sous le charme d’un vieil électrophone qu’un gugusse voulait fourguer avec sa collec’ de vinyles. Le service complet pour cinquante sacs. Nono l’avait eu pour trente. Il avait presque l’intégrale de Riton Molinard, le saligaud ! Il aurait pu vendre ça pour dix fois plus, s’il s’y était un peu connu.


« SuRRRRRe les chemehins de campââââgne
On filehait veRRRRe l’Espagne
BââââtiRRRRe nos châââteaux à nouuuuus
On ssssss’aimehait commèèè des fouuuuus… »


L’esprit vagabond, la comprenette au ralenti, le pas traînant, Nono flânassait au milieu des vieilleries du tout Pantruche. Mais pas que. Ici, un petit vieux nous présentait son stock de paires de godasses d’époque, un assortiment de tisonniers plus ou moins ouvragés, et un tas d’à peu près n’importe quoi. Et là, un grand Charbonné au sourire passé à la chaux, l’air fort sympathique, tentait de monnayer lunettes de soleil, sacs à main, ceintures, breloques et quincailleries de toutes sortes. Ça n’avait pas l’air d’un étalage de brocanteur. Mais bon, la camelote n’était pas chère et surtout ne prétendait pas s’appeler autrement que Camelote de Marché. Sinon Nono aurait dû faire comprendre à l’avenant malabar (de Réglisse) qu’un jour, quelqu’un avait dit : « Tu ne voleras point ». Mais cézigue paraissait réglo, à première comme à deuxième vue, et pourtant c’est le premier qui aurait attiré l’attention de la bleusaille en cas de descente. Comme quoi… « Tu ne jugeras point ».
Il en avait un tas ici, de filous. Des petits comme des grands, qui se mettaient à parler en yaourt dès qu’on leurs demandait le pedigree des trouvailles qu’ils alignaient innocemment sous les yeux ébahis des passants ébaubis… Fichtre ! Un bouchon de radiateur de Delahaye !
- Dis-moi, mon coco, tu saurais pas où je peux trouver la guimbarde qui vas dessous ?
- Oh, que non ! C’était déjà dans le grenier de mon grand père, qu’est mort il y a quarante-sept ans, mon brave !
- Dommage. Les carrioles modernes ont tendance à m’endormir.
- Mais dites-moi, c’est quoi donc que vous avez là ? Une pince à linge ?
- Dans le mille. Je vois que monsieur est connaisseur.
- Mais… attendez voir… ! Dites donc, c’est pas de la ferraille de laveuse, ça ? J’ai bien une idée, mais vous allez vous gondoler.
- Et bien, tapis, mon bonhomme. Dans la vie, il faut savoir se lancer. Mais lance-toi pas trop haut, sinon je risque de te faire mal.
- Ben, c’est qu’on dirait un peu du platine
- Un expert… de mieux en mieux !
- Ben, c’est que c’est pas courant de voir quelqu’un se prendre pour une corde à linge grand luxe, même sur un ringue de catch.
- Je sais, mais c’est sentimental. Je serais très heureux de revoir la personne qui me l’a offerte, histoire de lui conter fleurette à ma façon.
- Ah, c’est ça ! L’amour, toujours l’amour !
- Ça ce rapprocherait plus du « je te hais moi aussi ».
- Je sais ce que c’est… Madame n’est pas au courant… ?
- Dans ce cas moi non plus.
- … Hein ?
- Vous dites ?
- Pardon, je…
- Mais je vous en prie.
- Ah, non, c’est moi qui…
- Ce sont des choses qui arrivent.
- Si vous le dites.
- Bonne journée !
- Vous de même, et au plaisir !

Bon. C’est pas tout ça, mais la marche, ça creuse. Et comme Nono n’est pas du genre à toucher le fond, ses naseaux avisés avisèrent ce que ses yeux visionnaient, bien visible, une guérite à becquetance. Ce fut un basané jovial qui l’accueillit.
- Bijour, missieu ! Ti veux la bonne bouffe ? Ji fait di steack-frites, di l’américain, ine ‘tite connerie de salade coum’ ça, et di boissons fraîches !
Ben, fait donc avancer un steack avec ses copines émincées. Je suis de ceux qui pensent que le steack-frites est un bon révélateur de la qualité de la tortore du taulier.
- Si ti l’aime pas, ji ti rembourse !
- C’est bien mon gars, mais je doute de pouvoir te rendre la marchandise en l’état.

Le steack-frites était succulent. Il allait devoir sévir dans ses cuisines. Pas que le chef soit mauvais, mais il allait avoir une mission très périlleuse : donner au steack-frites de chez Nono la saveur unique des puces de Saint Ouen. Mission impossible, mais ça l’occuperait un temps, lui qui est si volubile. Comme un Rital sous amphétamines.
Oh, là… Un somptueux bada, haut-de-forme, avec doublure en soie et bandeau de velours… dommage qu’il ne soit pas tout chaud sorti du four. Nono ne portait que des galures à peine sevrés, sinon il avait l’impression de porter le slip de quelqu’un d’autre. On a ses petites superstitions.

« Jehe m’souviiihiens du jouRRRRe de mes vingt aaaaannnnns
Quand j’étehais z’audacihieux z’et feRRRRinguaaaannnnnt
J’avehais des RRRRêves pelein la tehête
En c’temps làààà, la viheuuuu étehais bihien chehoueteuuuu ».


Manu Ballonnet. Et son orgue de barbarie. Nono avait essayé de mouliner une de ces boiboites, une fois. Il aurait jamais crû que ce soit si dur de rester bien inne ze grouve. Alors, brailler en même temps…
Il y a aussi des gamins qui braillent, dans les allées de l’auguste institution Ouennimeuse, parce que les parents n’ont aucun sens moral. Nono se pencha sur le trublion au faciès rougi par les admirables efforts qu’il produisait pour se rendre insupportable.
- Dis-moi, mon grand, ta mère ne te répèterais pas quelque chose depuis un bon moment déjà ?
- SniffffFFFFfff, Sniffffff, si ?…
- Et quoi donc ?
- D-snif, d-snif, d-snif, de, de-de, d’arrêter de pleurer…
- Alors,… TU VAS LUI OBEIR, OUI ?

Le moutard fut plus scotché que sa maman, mais cette dernière en resta sans voix.
- Veuillez pardonner cette excessive tirade, dont l’origine se trouve dans le puéril manque de respect envers ces Puces Ouennisoitquimalypense dûment sanctifiées par les soins de quelques félons évangéliques vaticanesques se prenant pour mon patron, mais je ne souffre pas que l’on manque ainsi de respect quand Yvette Trottard fait vibrer son organe en faisant palpiter le mien. Bonne journée, et puisse Dieu vous garder, même si votre gamin est insupportable.
- …B-b-b-bonne journ-nn-nnée….

Il est parfois tellement agréable de faire le bien autour de soi, de répandre la bonne parole de tonitruante façon. Que n’avait-il encore convaincu la somptueuse Transalpine (sa chevelure de jais, ses yeux de braise, sa vertigineuse chute de reins, et tout ça, tout ça) des bienfaits de la parole divine. Mais l’on sait que patience et longueur de temps font vraiment pas bon ménage avec le caractère de ce bon Nono.

Oooohhhh…. Regardez moi ça. Un pupitre d’écolier ! Avec la cannelure pour les plumes, et le petit trou pour l’encrier… et la toutpetipetite chaise où Nono ne peut plus encastrer son prose depuis lulure ! Aaaahhh….

De bonn mââââtehin qu’ille est agueRRRRRéabeleu
De jeteher aux oRRRRetiiiiheuuu son caRRRRetehabeleu
Qu’ïïïlle est doux le soleheilleu qui équelehaiiiiiRRRRRe
Le chhhhemehin de l’equehôôôleu behuissonnehièèèèèèRRRRRRe

Ça fait quand même du bien de venir visiter les vieilles boiseries séniles et écouter de la vraie chansonette estampillée Paname. Tiens, pour un peux il se prendrait à rêver de suivre une Isabella en bas coutures. Entre son établissement gastronomique for prisé des connaisseurs et la maison Cherubini fort pointilleuse sur les temps de présence, ça laissait pas une grande marge pour un semblant de vie privée, que diable. Mais le bon Nono trouve toujours une occasion de se laisser guider par ses Gucci bicolores – ou ses rangers, ou ses tongues, c’est selon – dans le labyrinthOuinnesque pucellier. Et que les saint Ouen, saint Cloud, et tous leurs copains fassent que ça continue longtemps.

Amen.

Et que ça saute.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
 
Les Puces Dans l’Oreille ( Nono à Saint Ouen).
Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 :: Les parties à raconter :: Contemporain- Fantastique :: In Nomine Satanis / Magna Veritas-
Sauter vers: